Chacun a besoin de l’autre pour se révéler. ~ Proverbe Africain
C’était la quinzième et la dernière édition de mon stage de chant choral russe appelé ‘Choeur des Cimes’ par Alain Grangeon, l’ami et co-organisateur du festival ‘Vent d’Est’ en Savoie. C’est là que l’idée du stage a vu le jour, il s’est tenu pendant dix années consécutives chaque été. Les événements liés à l’Ukraine ont joué un rôle déterminant dans la cessation d’activités de plusieurs organisations culturelles à thème russe, dont celles que je mentionne.
Pour ce dernier stage j’ai choisi un endroit tout à fait exceptionnel et significatif. Camp Orel, une sorte de camping privé fondé par l’émigration de Russes blancs. Caché de la civilisation, dissimulé dans la nature, Il existe depuis plusieurs décennies. Son grand frère, le Camp Sokol, qui est à 15 km de distance de celui-ci, donne l’accès sur le lac d’Hossegor, contrairement à Orel qui se situe sur la plage atlantique.
Les deux partagent la même conception : l’immersion dans la nature sans accès à Internet, avec pour unique confort un bungalow individuel directement posé au sol, comprenant un ou deux petits lits et une table. Une cantine pour nourrir tout les habitants du camp, où l’on peut entendre parler russe, un bar à disposition pour animer les soirées.
Quant à moi et mon amie et collègue Natalia Ermilova qui est venue pour m’aider au déroulement du stage, nous habitions chez Bebka dans la maison ancienne de 500 ans qu’elle a héritée de ses parents.
Bien que nous serions tous séparés, nous nous retrouvions pour partager des repas, chanter ensemble et profiter de verres sur la terrasse de Bebka. Deux sorties ont été organisées : dégustation d’huitres fraichement pêchées au lac d’Hossegor et la visite du camp Sokol.
Comme j’étais déjà venue à cet endroit auparavant, je souhaitais profiter de la plage naturelle qui se trouvait à 20 mn de marche à travers la foret. Mais, peu avant notre arrivée, la préfecture des Landes a émis un arrêté interdisant de traverser la forêt de 14h à 22h. Deux jours plus tard, l’interdiction a été mise en vigueur dès 8h du matin ! La solution était de prendre la voiture et joindre les plages organisées et surveillés. Il y a de quoi s’attrister.
Heureusement, le groupe de stagiaires a réuni des voix magnifiques. Les deux premiers jours ont été très encourageants, nous avons progressé rapidement sur deux chansons russes : « Tcherny voron » et « Ah, Samara gorodok ». Le troisième titre « Polegnala e Todoro » etait en bulgare, mon coup de coeur et aussi le signe d’amitié entre les peuples où la musique transcende les frontières. Pour ceux qui ne le savent pas, la langue bulgare utilise l’alphabet cyrillique. Il nous a fallu deux jours complets pour apprendre 4 voix/pupitres sur un rythme 11/16 caractéristique de la musique des Balkans, peu familier à l’oreille européenne.
Je vois tout l’enseignement sous le prisme de apprendre à apprendre. Une fois que j’entend chaque choriste reproduire correctement sa voix et la prononciation de sons russes, j’estime que le travail est abouti. Il est toujours possible de s’améliorer, mais cela nécessite une maturité de la chorale et un travail soutenu sur le long terme.
Je mets fin à ce beau projet où j’ai eu la chance de rencontrer des personnes formidables, dont certaines sont devenues de véritables ami-e-s. Toutefois, je poursuis mon engagement dans le domaine de l’enseignement. Je chercherai une autre forme de transmission de savoir et d’émotion par le biais de la musique. Bien sur, je ne manquerai pas de vous le communiquer.
Voici les trophées visuels de la semaine du stage, suivis des remarques des stagiaires qui étaient présents.







Commentaires des stagiaires :
Jean Clairambault
Pour ma part, tout à fait novice en chant choral, j’ai beaucoup appris de ce stage, et notamment que j’avais encore beaucoup de choses à apprendre pour améliorer mes capacités de chant, aussi bien en individuel qu’en choriste, capacités que j’ai découvertes en moi encore bien faibles. J’ai bénéficié, en plus de tes conseils, de ceux, déterminants, de Corinne et de Marie-Françoise, et je les retiendrai tous. Tu sais que les polyphonies bulgares, ça n’était pas et ça n’est toujours pas ma tasse de thé, mais je crois quant à moi que cette partie de ton programme était vraiment la plus importante pour toi… et la plus difficile pour tout le monde. J’aurais aimé qu’on travaille bien davantage Черный ворон, qui n’était au final pas assez abouti à mon avis, et qu’on aille aussi du côté d’autres chansons russes traditionnelles, ou plus modernes et plus faciles (mais trop faciles, trop bateau pour toi ?), dans le genre de Гайда тройка, ou Подмовские вечера, ou Весна, par exemple, pour en citer quelques-unes que je connais. Mais voilà, comme je le comprends, tu voulais vraiment tirer de nous – avec efforts et patience – quelque chose d’abouti sur Полегнала е Тодора, c’était ton choix, et je l’ai accepté.
PS : J’ajoute que le choix du camp rustique et très accueillant d’Орёл pour cadre de ton stage était un très bon choix. L’équipe autour de Charlotte, Nikita, Tatiana, plus Natalia et toi, était très chaleureuse, et la forêt landaise au bord de l’océan une belle découverte pour moi.
Valentine Grosjean
Je vous remercie pour ce beau stage, pour votre grand coeur ouvert à tous et pour toutes les activités proposées en plus du chant et le lieu magnifique que vous avez choisi pour cette année m’a ravi car je me suis replongée dans de très anciens souvenirs !!
Spasibo i privet
Corinne Deville
Tout a été dit, merci Jean pour ta réponse complète et détaillée qui fait écho en moi. Ce fut un stage très instructif et intéressant pour moi qui découvrais un peu le domaine du chant russe mais je suis restée sur ma faim. J’ai trouvé qu’on n’avait pas assez consacré de temps à travailler en profondeur des morceaux magnifiques mais difficiles techniquement. Le chant bulgare était selon moi inadapté au niveau du groupe et nous a fait perdre un temps précieux. J’ai bien aimé les moments d’échauffement vocal , un travail complet et salutaire. Merci de nous avoir fait connaître ce lieu incroyable et inoubliable dans les landes.
Christian Albares
Moi je suis ravi de ce stage. Le lieu est magnifique et les gens très gentils. Bien-sur, c’est loin de chez moi. Le voyage sur 2 jours, c’est mieux.
Ta pédagogie, extra. Difficile de faire plus et mieux en 5 séances. Peut-être on pourrait aller plus vite ou plus loin si tu enregistres chaque voix de chaque chant, en entier, avec l’accompagnement en-dessous mais, encore faut-il que chacun(e) prenne le temps de travailler avant le stage…
Pour moi, l’essentiel n’est pas vraiment le résultat final, toujours un peu frustrant, mais la joie du travail en commun tout au long de ces heures de répètes, les petites pauses concoctées par Natalia, les couacs par ci ou par là, la bonne humeur générale dans l’ensemble, malgré chaleur et petites bêtes piquantes !
Merci encore !
Sabine Caffin
Voici mon ressenti qui n’engage que moi et repose sur ma propre identité et mon histoire personnelle !
J’aime l’aventure et la nouveauté, aussi j’ai adoré ce chant bulgare si loin de nos sonorités familières .
J’ai aimé me frotter à cet inconfort acoustique que procure chacune des voix prises séparément, pour aboutir à l’harmonie magistrale une fois réunies !
Je réécoute avec délice et étonnement ce chant, et découvre chaque jour une nouvelle facette de sa richesse et de sa complexité mélodique et rythmique .
Néanmoins, il faut admettre que pour notre niveau et notre effectif restreint, il n’était pas raisonnable de s’attaquer à cette forteresse musicale….
Chacun d’entre nous a participé à ce stage avec son bagage et ses propres attentes ; je suis restée sur ma faim quant à la durée des répétitions où le chant lui-même n’occupait que peu de place : une répétition supplémentaire quotidienne m’aurait davantage convenu, ainsi que le travail de chacune des voix séparément et dans un local séparé, avec Natalia par exemple ?
Enfin, le camp Orel était en totale harmonie et symbiose avec le thème du stage, improbable oasis de calme et lieu unique d’ancrage intergénérationnel de la tradition russe.
Une très belle expérience pour nourrir de très bons souvenirs !
Natalia Ermilova
Après un long voyage depuis Paris, on est enfin entré dans la torpeur riche et humide des pins qui régnaient haut, nos pas sur le sable craquaient les aiguilles, la maîtresse des lieux Bebka nous accueillait cigare à la bouche, cœur sur la main, elle sortait de son izba aux fenêtres ouvertes comme d’un conte, le dîner préparé par Pascal était servi, il était bon, presque russe.
J’ai rencontré Corinne, grande voyageuse, qui ressemblait à une gazelle, s’osait à l’autostop, avait loué un vélo pour la semaine et croquait la vie à pleines dents ! Valentine, belle comme une petite pomme, qui faisait du yoga et parlait ce russe des russes blancs que j’aime tant, Françoise, avec sa posture gracieuse et une voix pure et sonore, Sabine, sourire aux lèvres, qui chantait comme si elle était slave, Jean, qui nous charmait de ses bouclettes blondes et de ses discours scientifiques, Vera, royale, exigeante et multidimensionnelle, Marie-Françoise et Olivier, le couple de choc qu’on aimerait toujours avoir à nos côtés, et Christian, un être sans pareil avec sa voix magnifique et sa curiosité éternelle pour la vie.
Veronika nous offrait son kvas, on affrontait la dune, on défiait la chaleur, on discutait à table dans le jardin de Bebka, on se retrouvait hors du temps, c’était bon, c’était doux, c’était de l’amour, si ça pouvait continuer encore…
SPASIBO Veronika, pour cette authenticité et ton courage!
je vous embrasse tous,
Natalia








































































































































