Bilan de notre aventure (par Stéphanie)

Les villes-usines

Notre objectif était de filmer un panorama de l’industrie en Oural, région centrale de la Russie, dont l’emplacement et les richesses du sous-sol en ont fait historiquement son cœur industriel.

Nous souhaitions rendre un portrait de cette région, à travers la rencontre de ses acteurs de l’intérieur : ouvriers, ingénieurs, mineurs, ceux dont la vie et l’histoire familiale est intrinsèquement liée à l’usine, ceux pour qui sa disparition serait un drame. Partout dans ces villes, des affiches, des slogans mettant en valeur les métiers de l’usine, qui l’appellent « rodnoi », adjectif russe intraduisible en français, décrivant un lien intime, de parenté… Difficile de distinguer la propagande du réel attachement des habitants à leur usine, où l’immense majorité d’entre eux travaille de générations en générations. La ville-usine est souvent comme un pays dans le pays, avec ses propres valeurs, ses fêtes, les sorties organisées par le syndicat, son infrastructure sportive, culturelle, son propre hôpital, relayées par la télévision ou le journal de l’usine. L’ouvrier méritant reçoit même un bon de vacances pour aller dans un des centres de repos de l’usine à la mer ou à la montagne, afin de ne jamais oublier, même loin des machines, tout ce qu’il lui doit.

Ainsi nous avons été à la rencontre d’une vingtaine de villes-usines, dont l’existence est dépendante de la production à laquelle elle est associée. Notre voyage se termine symboliquement par une ville née autour d’une carrière d’asphalte – sitôt le gisement épuisé, la ville est tombée en ruines dans les années 70s… Cependant les enfants de l’époque, aujourd’hui adultes, s’y réunissent chaque année le temps d’un weekend afin de se remémorer leur « paradis perdu ». Nikolai, géant aux faux airs de Depardieu, nous dit en refoulant ses larmes qu’ « un homme qui a perdu l’endroit de ses racines est orphelin ».

MagnitogorskL’usine nous fait vivre et nous tue

Ce qui nous intéressait particulièrement est l’ambiguïté de ce lien entre l’homme et l’usine, qui le fait vivre et le tue à la fois. L’espérance de vie en Oural est en effet beaucoup plus basse que la moyenne nationale. Les métiers de la métallurgie mettent l’homme dans des conditions extrêmes : il se bat avec le métal en fusion, cohabite avec des procédés chimiques toxiques qui contaminent l’environnement, en empoisonnant les eaux souterraines, rendant les lacs impropres à la baignade, dénaturant les paysages. Cependant combien de fois ai-je entendu cette phrase (résultat d’un lavage de cerveau ou fascination réelle?) : « il n’y a rien de plus beau que le métal en fusion ». Beaucoup d’enfants naissent asthmatiques dans les grands complexes industriels de Magnitogorsk ou Chelyabinsk. Bien sûr, la population elle-même fait le lien avec l’activité industrielle : mais c’est le prix à payer, les « dommages collatéraux ».

D’autre part, cette activité sert avant tout l’industrie de l’armement. L’Oural est l’arsenal de la Russie, tous les habitants y ont plus ou moins les mains dans le complexe militaro-industriel. Même cette babushka minuscule en costume oudmourte, qui après m’avoir enseigné un chant traditionnel, me confie qu’elle a assemblé des obus toute sa vie, « comme si c’était des jouets ». Ou ce musicien pacifiste, ouvrier à l’usine de missiles, qui me dit qu’un pays fort doit avoir une armée forte… Et Kostia, armurier à l’usine Kalashnikov, avouant à la caméra qu’il « déteste les armes », mais qu’il faut bien nourrir sa famille.

Bilan de notre tournage

 20000 kilomètres en 45 jours, 50 rencontres dans 28 villes différentes…

Le bilan de notre aventure dépasse toutes nos espérances. Partis le 15 juin de Paris, nous n’avons pas passé une seule journée off depuis… Nous avons accumulé 80 heures d’interviews valides et de paysages divers : carrière de talc, d’amiante, mine d’or, usine de titane, de tanks, de locomotives. Tous les contacts établis au préalable, par un travail préparatoire de plusieurs mois, ont été confirmés sur place et ont assuré la qualité du projet. Nous avons eu la chance de filmer en exclusivité dans des usines où aucune équipe de tournage étrangère n’a pu entrer. Nous avons eu la possibilité inouïe de passer la nuit chez le dernier habitant du village Muslimovo, évacué à cause des rejets radioactifs de la centrale voisine. Nous avons pu dans tous les cas recueillir des témoignages sincères, permis par notre maîtrise de la langue et notre statut d’artistes.

Notre voiture, « maison à roulette », a été notre abris pour quelques nuits lorsque nous étions en route entre deux étapes. Mais nous avons avant tout été les victimes consentantes de la légendaire hospitalité russe, et avons été hebergés et nourris jusqu’aux oreilles chez l’habitant tous les 2 jours.

Le développement d’une conscience globale

 Notre démarche a été l’occasion pour beaucoup de « vider leur sac », d’enfin parler de cette angoisse dans laquelle ils vivent, pour eux-mêmes et leur enfants. Une femme de Kambarka, où se trouve un centre de retraitement des armes chimiques, nous a confié avec beaucoup d’émotion la peur panique qu’elle avait d’élever ses enfants dans cette ville, l’impossibilité d’en partir… Des enfants de Karabash, l’une des villes les plus polluées du monde (dans la région de Chelyabinsk), nous disent en sautant entre des flaques fluorescentes rouges, vertes, que la seule solution pour que la ville redevienne propre est d’en enlever définitivement l’usine et de mettre des arbres à la place.

Notre voyage ne s’est pas passé sans encombre : nous avons été arrêtés à plusieurs reprises. Jamais de raison valable, outre le fait que nous nous intéressions de trop près à des choses qui sont censées rester secrètes. Seulement, la peur éprouvée comme l’attitude des policiers est d’une autre époque.  « En Russie, tout est secret, mais tout se sait » disait déjà la tsarine Catherine II. La vie des gens de l’Oural nous concerne, en tant que Français, et en tant que citoyens du monde. Le titane de nos Airbus, l’acier, le potassium indispensable à l’agriculture viennent d’Oural. Notre uranium usagé y est envoyé pour être réenrichi, dans cette centrale même près de Chelyabinsk, tandis que les villages voisins tels Muslimovo sont traversés par la Techa, rivière hautement radioactive.la rivière Techa

Beaucoup d’interviewés ont accepté de parler, à la condition que le film ne soit pas montré en Russie. Nous mettant dans la peau de journalistes d’investigation russes pour ce travail, nous avons ressenti la réelle pression et le danger non moins réel qu’ils ont à exercer leur activité de recherche de la vérité. Nous nous sommes mis en relation avec des militants des droits de l’homme, notamment l’association Memorial dans son antenne d’Ekaterinbourg. Les murs de l’escalier menant à la salle de réunion sont émaillés des portraits de leurs journalistes assassinés (parmi lesquels la plus connue en France, Anna Politkovskaia).

Communication

Nous avons régulièrement relaté nos aventures sur ce blog, par le biais de carnet de route, de photos, des pensées secrètes de Jérémy ou d’Alanis, notre chienne aussi de l’aventure…

Les médiaux locaux se sont aussi beaucoup intéressés à notre projet. On peut notamment consulter sur internet (avec sous-titres français) les reportages que nous consacrent des télévisions locales :

En parallèle de notre tournage, nous avons organisé un festival écologique dans 5 villes et villages d’Oural : Kigbaevo, Votkinsk, Chaikovsky, Ijevsk et Glazov. La journée se composait de conférences le matin avec des intervenants russes et français, sur des thèmes écologiques, et d’ateliers pour enfants l’après-midi. Par exemple, un atelier d’art plastique à base de recyclage. Au goûter, nous proposions des cocktails de fruits et de légumes. Le soir, artistes russes et français partageait la scène.
Voir l’album photo du festival à Ijevsk

Et maintenant…

Depuis notre retour à Paris, nous entamons la deuxième étape de l’aventure : le montage du film. C’est un travail laborieux de part l’abondance de rushes valables et l’étendue du tournage. Nous réfléchissons à construire une série documentaire de 3 ou 4 film, consacré à une région de l’Oural en particulier.

Sous l’égide de Cheburashka

La première projection aura lieu fin mars 2014 dans l’auditorium de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales.

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A l’usine de titane AVISMA

Vidéo

Nous avons eu l’occasion unique d’entrer et de filmer dans l’usine AVISMA/VSMPO à Berezniki. L’entreprise est leader de la production mondiale de titane et de magnesium.
La télévision de l’usine filme notre visite.

Première page sur nous et article en p.4 dans le journal de l’usine, Металлург

en Oudmourtie (de Stephanie)

Comme toujours ici, la realite est bien trop dense pour ceder au temps de l ecriture, de l arret sur image qui suppose qu on s abstrait un moment de ce present si intense… Ainsi impossible d etre prolixe quand les sensations depassent le temps necessaire pour les assimiler, les retravailler pour les transformer en recit, capable de donner aux absents une sensation de ce qui se produit ici.

Nous ne connaissons presque pas de repos. Des tournages tous les jours, autant de rencontres bouleversantes, tous les paradoxes vivants de l humanite coexistent en Russie. Une adorable babushka oudmourte qui chante et danse confie a la camera qu elle a passe sa vie a construire des missiles, « comme des jouets », elle nous raconte le jour ou l entrepot d armes a Pugachevo a explose, ce « badaboum », les obus qui tombent dans le jardin, 24 heures d explosions sans treve, « la guerre? », les soldats qui abandonnent la ville, laissant les civils se debrouiller, puis les 2500 euros promis pour dedommager les victimes qui se sont transformes en 25 euros (c etait il y a trois ans)

Il y a aussi ce musicien humaniste qui travaille a l usine de missile de Votkinsk, visage d ange porteur d espoir, beaucoup d intelligence et de ferveur a discuter avec nous, nous affirme qu une arme est une oeuvre d art au meme titre que la musique, qu un pays doit s armer pour rester fort, qu il utilise ce bon salaire a bon escient. Et le directeur de l ecole de cadets d Ijevsk, veritable transfuge du XIXe, nous disant qu un officier doit avant tout pouvoir danser au bal et seduire les femmes par sa culture, si emu de nous montrer la photo ou Mihail Timofeevitch (Kalashnikov, createur du fameux automate) touche l epaule de sa petite fille…

Bien sur, mes opinions me dictent une certaine orientation du montage a venir… Cependant je ne veux pas faire un film de propagande, la realite est trop complexe pour ceder a ce travers. J aime que toutes ces voix qui m apparaissent paradoxales s expriment, au spectateur reviendra d analyser ce visage composite incarnant la complexite de l etre.

Paris-Kigbaevo par Stephanie

la route

la route

Nous sommes partis en voiture de Paris le samedi 15 juin. A trois dans la voiture, sans compter le chien… Apres 3 jours de route et 2800km parcourus, le passage de la douane de la Lettonie a la Russie, que nous craignions pour y avoir passé l’avant dernière 6 heures sous 40 degrés, a été cette fois une pure formalité ! On a eu la chance de tomber sur un major-numismate, qui comme ma maman collectionne les euros… heureusement qu on avait que trois euros sur nous, ca fait pas cher le pot de vin pour moins d une heure d attente, et pour nous épargner de deballer toute la voiture. Même Alanis a eu droit à la vérification de son passeport par une militaire en blouse blanche.

Arrivés en Russie  vers une heure du matin après ce périple interminable pour la seule conductrice qu’est Veronika (dieu me pardonne de n avoir toujours pas le permis), nous croisons les doigts pour qu’un policier de la DTP ne nous arrête pas avant qu’on aie eu le temps d’acheter l’assurance obligatoire pour la voiture. On s’endort dans la forêt près d’une datcha vide, en compagnie des moustiques. Le lendemain, nous arrivons à la ville la plus proche, Pskov, pour régler nos questions administratives et se relaxer quelques heures hors de la voiture. En roulant vers la prochaine étape, Valdaï, je retrouve les routes russes comme je les aime : des dizaines de kilomètres de macadam défoncés qui obligent Veronika à faire des prouesses, et pas un chat à l’horizon ! Je me dis qu’il y a là une excellente idée de jeu vidéo à développer. J’en profite pour prendre un peu le volant.

"direction des affaires du President de la Federation de Russie, etablissement d etat federal, maison de repos "Valdai"

« direction des affaires du President de la Federation de Russie, etablissement d etat federal, maison de repos « Valdai »

Après des heures de 4×4, nous arrivons en pleine forêt à Valdaï où nous attend notre amie Marina et son mari Pavel. Marina est professeur au MGU, l universite moscovite, et Pavel travaille a la Cour des Comptes. Grace a son rôle haut placé dans l administration russe, il obtient une ‘putiovka’pour partir en vacances dans cet endroit luxueux 3 fois par an. La ‘maison de repos’de Valdai est un endroit sublime entre la foret et le lac Uzhin où les résidents vivent avec leur famille dans des cottages, de taille et d’emplacements variables selon leur situation hiérarchique… Marina a réussi a nous y faire entrer en douce, avec quelques centaines de rouble et l aide d un des gentil agents de sécurité, qui le soir était remplacé par un vrai KGBeshnik capable de nous dénoncer pour 1h de retard sur l’horaire établi. Le cerbère s’enquiert avant  tout de connaitre où se situe précisément notre hôte sur la ‘table des rangs’, afin de savoir s’il se hasardera ou non à le punir en écrivant une lettre a ses supérieurs… Dans le cas de Pavel, son travail à la Cour des Comptes lui confère une relative immunité.  Nous profitons donc de leur sauna jusqu’à une heure du mat et buvons du vin doux, malheureusement le seul que les russes estiment profondément,  puis regagnons nos penates, ce soir chez la directrice du musée de Valdai et ses trois chats. Notre toutou s’étant trouvé une super copine en Vesta, la chienne de Marina, on la laisse profiter du luxe ambiant…

a Valdai avec Pavlik

a Valdai avec Pavlik

Ainsi donc, dans ce petit paradis qu’est Valdai, nous nous promenons et passons devant la fameuse datcha de Staline, avec son passage souterrain qui debouche sur une sortie pres du lac. Cependant Joseph Vissarionovitch n y a sejourné qu une fois, car nourri par sa célèbre paranoïa, il ne s’y sentait pas en sécurité, considérant cet endroit comme une souriciere – un unique chemin y mene a travers la foret. Nous empruntons un sentier qui montre du lac a la datcha de Staline et mon hote m’y apprend que c est la qu’est mort Jdanov  en 1948, son coeur ayant laché alors qu il courrait repondre au telephone – ironie du sort, à l’autre bout du fil, c’etait Staline ! c est cette histoire qui déclenche quelques années plus tard la fameuse affaire des medecins ou « complot des blouses blanches » en francais, où Staline incrimine neuf medecins juifs d avoir assassiné des membres éminents du parti et de prévoir d autres assassinats… Selon Pavel, les médecins savaient que Jdanov etait cardiaque et auraient fait l’erreur de le laisser aller faire trempette dans le lac Uzhin a sa guise…

un Lenine de 40m a Doubna

un Lenine de 40m a Doubna

Reposés et repus jusqu aux oreilles, nous reprenons la route vers notre prochaine étape, Doubna,où nous arrivons tard dans la nuit. Doubna se targue d’être le centre de la Russie europeenne, et de posséder le deuxième plus grand Lénine de Russie (42 mètres!). Sur l autre rive du canal Volga-Moskva, se tenait fut un temps un aussi -sinon plus- immense Staline, juste en face de Lénine… A la destalinisation, on a fait explosé la statue et il n en reste aujourd’hui que le socle.  Nous dormons chez notre amie Lena et son mari Boris, qui travaillaient tous les deux en tant qu ingénieurs a l usine de radios de Sarapoul (Oudmourtie).

Puis départ pour Moscou, où nous attend Vladimir Chuprov, directeur de la section énergétique de Greenpeace Russie.  Apres avoir passé des heures dans les embouteillages, fléau bien connu de Moscou, nous décidons de laisser la voiture chez une amie à l’entrée de la ville et de rejoindre notre interlocuteur en métro… Quand nous arrivons enfin à l’adresse indiquée, où une plaque Greenpeace indique le siège de l’association, Vladimir nous appelle pour nous donner rdv dans l’immeuble d’en face, où se trouve son bureau. Sur cet immeuble, rien n’indique la présence de Greenpeace, et chaque pièce se ferme avec un badge électronique…  Il nous parle de l’accident nucléaire de Chelyabinsk et de la pollution de la rivière Techa et du lac Karatchai, dans lesquels la centrale Mayak continue de rejeter ses eaux usagées ; et des populations qui vivent autour et s’abreuvent de cette eau contaminée,  boivent le lait empoisonné de leurs vaches…

Nous passons la nuit chez Liudmilla et Iouri à Moscou. Invalide du travail à 55 ans, Iouri a travaillé 37 ans comme soudeur dans la même entreprise, et il veut nous parler de la différence entre les conditions de travail russe et européenne.  Ils nous ont préparé une fête de hareng mariné et de vodka, et nous nous endormons… bien gais !

A la sortie de Moscou, l’angoisse, on se fait arrêter par un policier de la DTP. J’angoisse toujours en les croisant, car ils sont là pour chercher à tout prix une solution pour nous pénaliser. Veronika parlemente, l’entrevue se prolonge, mauvais signe car plus le temps passe, moins il est possible que le policier reparte les mains vides… Finalement, il lui demande un « petit cadeau de Paris » et Veronika lui offre un de ses disques, comme elle fait souvent pour rétribuer les policiers russes. Il repart satisfait et nous, soulagés.

se frayer un chemin sur l autoroute

se frayer un chemin sur l autoroute

Maintenant commence une très longue route, car nous avons 1200 km devant nous afin de rejoindre Kigbaevo. Jusqu’à Nizhnyi Novgorod puis Kazan, nous sommes pris dans des bouchons interminables qui nous obligent à conduire à la russe : soit créer une nouvelle piste en roulant par la droite, soit rouler sur la file de gauche où arrivent d’autres véhicules en face -tout cela se passant bien sûr sur l’autoroute… Des poids lourd partout ! La route est menaçante, épuisante… Nous dormons quelques heures et la reprenons, puis redormons… Après 2 jours de route, nous arrivons enfin en Oudmourtie. Je prends le volant pour les 70 derniers km… Enfin, Kigbaevo !

Nous sommes maintenant chez la mère de Veronika, reprenons des forces grâce au banya, aux pelmenis fait maison et au samogon (alcool distillé à la maison) – tout cela entrecoupé de discussions politiques avec babushka qui a beaucoup de choses à dire… stephaniekigbaevo (Copier)