Ciné-débat à La Place Rouge

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Dimanche 12 janvier 2014 à 15h

à La Place Rouge – restaurant russe de Roanne
2, Place du Marché, 42300 Roanne
Tel: 04 77 71 39 76 / Entrée libre

La projection de deux séquences du film « Oural, monstre industriel » :
« Retour à Mousliumovo » sur les conséquences de l’accident du complexe nucléaire «Mayak » et « Armes chimiques : un héritage encombrant », recueil de témoignages sur la destruction des armes chimiques en Oudmourtie.

Teaser « Oural, le monstre industriel » 

Bilan de notre aventure

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A l’usine de titane AVISMA

Vidéo

Nous avons eu l’occasion unique d’entrer et de filmer dans l’usine AVISMA/VSMPO à Berezniki. L’entreprise est leader de la production mondiale de titane et de magnesium.
La télévision de l’usine filme notre visite.

Première page sur nous et article en p.4 dans le journal de l’usine, Металлург

en Oudmourtie (de Jeremy)

Après s’être reposé chez babouchka (enfin reposé, entre toutes les visites, toutes les rencontres et les interviews pour le documentaire…) le festival a commencé. Nos amis sont arrivés. Tous ensemble nous formons un informel comité français (nous avons un cubain et des russes de toutes les couleurs) dont heureusement la majorité est bilingue. Cette majorité je peine à la rejoindre tant le peu de russe que j’apprends est celui de babouchka et n’est donc composé que d’un jargon peu répétable.

Pendant le festival je suis chargé de faire un reportage. Le docu quant à lui avance très très bien. La pluralité de nos intervenants et la qualité de leurs interventions me laisse penser que nous n’avons pas un mais une mais peut-être trois films en fabrication.

Le seul bémol à toutes ces heures de rushs accumulées (environ 2h valides par jour et tout les jours), à par que le dérushage va durer deux bons mois, c’est qu’il y a peu de choses dont je jouis en dehors de l’œilleton de ma caméra. Certes je suis très content de filmer, surtout dans ces conditions, mais comme vous le savez cette focalisation soustrait de l’instant et rend le réel parfois aussi épuisant qu’inaccessible. Je suis en dehors de ces beaux moments, de ces belles rencontres, de ces chœurs et de ces chants, de ces accueils en chansons et de ces fêtes improvisées. Je les vis comme des instants déjà passés. La bande (magnétique?) se soustrait (déjà) à ma mémoire, la falsifiant presque avant que j’ai put la forger. Mais tout problème a ses beautés (c’est la loi de l’ironie) et quand je fixe une personne si touchante avec mon retour vidéo à quelques centimètres de ma pupille, n’aillant aucun autre élément qu’elle dans ma conscience et tout mes sens étant tournés vers la composition qui l’accompagne, et bien je réapprends quelque chose, je redécouvre le corps et le visage, la capacité du physique a toujours dire tout bien au-delà de la parole. Et l’universalité du corps et de son expression de me ramener à la banalité de la différence et l’envie de redécouvrir une seule et même condition humaine derrière tout ces quotidiens.

Ma position soustraite de trépied pourvu du sens de l’humour (franchement certaines fois je ne suis pas plus – mais ce n’est pas un problème) a quand même un autre avantage en ce sens que, logiquement, je n’existe pas. Je ne suis ni un organisateur du festival, devant faire avec tout les mécontentements de chacun, les retards, les questions et l’organisation parfois labyrinthique du festival ; ni un festivalier devant gérer ses dépenses énergétiques, son sentiment d’errance ou l’impression de naufrage qui parfois guette celui qui nous aurait confondu avec une agence de voyages. Je suis dans un entre-deux objet qui a cela de pratique que je n’ai qu’à me contenter justement que de cette non-affection, d’être disponible et flexible, de pouvoir affronter tout et surtout n’importe quoi, de l’organisation clés-en-mains à l’improvisation pure et dure tandis que le n’importe quoi œuvre parfois en diable en lame de fond. Bon bien sûr je suis faillible (Ô que oui…) mais je découvre un nouveau plaisir à cette existence : celui d’être invisible (cameraman ne parlant pas la langue) tout en étant remarquable (je suis le seul crétin à être en chemise et à arborer un physique moustachu-maigrelet des moins oudmourtes).

Au-delà du docu via lequel mon savoir sur l’Oural industrialisé devient réel (bientôt les preuves imagées seront à l’appui), le festival me renseigne sur la culture oudmourte que j’apprécie beaucoup. Mais en plus de la langue russe à laquelle je m’escrime pathétiquement et souvent sans entrain, de la socialisation incessante, de l’histoire du pays à appréhender et de mes tergiversions personnelles, j’enregistre peu sur l’Oudmourtie. J’ai assimilé ça à une espèce d’équivalent russe de la Bourgogne (où on ferait des kalachs et pas du vin) où il y a longtemps vivaient de paisibles chasseurs amateurs de triforces gammées à têtes de cheval (???) et sculpteurs de coton-tiges somptueux (un savoir-faire que personne n’est venu leur disputer). Ensuite je ne sais rien à par qu’ils ont morflé suite aux invasions tataro-mongoles / russes.

Des gens qui peuplent l’actuelle Oudmourtie j’en sais heureusement plus. Et quoi dire franchement qui ne paraisse pour du jargon de Télé 7 Jours ? Oui ce sont des hôtes incroyables, gentils mais paradoxaux (un artiste pacifiste qui travaille dans une usines de missiles, une babouchka marrante et dansante qui a – littéralement – une mine au fond de sa cave), empathiques et bons vivants ? Un soir après divers musées, rencontré des minorités représentatives de toute la diversité de l’Oudmourtie, partagé un gâteaux en forme de montagnes de l’Azerbaïdjan, et une conférence sur l’écologie nous avons été conduits à une grande soirée concerts festifs en plein air. Et quel accueil ! L’enthousiasme que notre venue créé est presque dur à vivre tant il me semble disproportionné. Mais comme d’habitude pour ce genre de rencontres les tranches d’âges sont de mois de 15 ans ou de plus de 50. Après un buffet gargantuesque j’ai put néanmoins avoir la chance d’inviter les deux seules jeunes hôtesses belles comme le jour à venir danser avec moi tour à tour. Mais hélas mon incapacité à m’adapter au rythme brésilien alors entreprit à ce moment les ont fait toutes deux me remercier assez prestement. Je me suis donc réconforté en posant pour les photos-souvenirs de jeunes filles pré-pubères (ça ornera leur facebook) ou des mamies endiablées (ça ornera leur facebook ???). La classe, quoi.

Alors sinon la nourriture russe (franchement je n’ai aucune transition), on en mange, on en mange ! Toutes ces pâtes/patates, pains fourrés à la viande… De quoi survivre à l’hiver sibérien certes, mais ce n’est (vraiment) pas la saison ! On s’empiffre bon gré/malgré car notre délégation se voit offrir des banquets dantesques à chaque pas. Tant et si bien qu’on doit parfois faire des pieds et des mains pour les annuler (oui, moi, je viens d’écrire qu’on annulait consciemment et volontairement des buffets – c’est dire !) afin de pouvoir conserver notre aptitude au déplacement.

Point intéressant, nous avons remarqué lors de nos rares venues dans des restaurants (des vrais, pas des cantines et des arrêts de routiers) que pour faire classe, il faut faire ‘européen’ (et plus précisément ‘français’) mais que ce n’est pas par la qualité du service que cela s’exprime mais plutôt par des petites portions dans des grands plats aux formes très bizarre, et ce y compris pour la cuisine russe la plus traditionnelle ! On paye la vaisselle abstraite quoi… Sur ce je vais me coucher, je ne sais pas ce que me réserve demain mais je sais que ça ne me décevra pas. J’ai toujours une confiance borgne (c’est comme une confiance aveugle mais avec quand même un œil qui regarde la route) dans cette aventure…