4eme Festival Parijevsk

Le 4ème Festival PARIJEVSK aurganise par l’association « Village Parijevsk » a au lieu en Oudmourtie du 1 au 9 juillet 2013 

Voyage : Ont pris part au festival 15 français, 30 estoniens et une centaine d’artistes locaux. Les festivités dans leur ensemble ont touché au moins 2000 spectateurs, et ont été relayées par les médias locaux (radio, presse, télévision).

But : Découverte de la Russie profonde de la région de l’Oural, avec pour but des échanges socioculturels via la participation au 4ème Festival Interculturel «PariJevsk» sur le thème de « l’Ecologie: Moi et Nous »

Le Festival s’est déroulé sur 2 villes, 2 villages et 1 site historique :

  • 4/07 – GlazovLogo-Eco-fest-2013
  • 4/07 – village Karassevo
  • 5/07 – Votkinsk
  • 6/07 – Tchaikovsky
  • 7/07 – village Kigbaevo

Au programme : conférences, concerts, rencontres – échanges, master classes, « buffet à la française », soirée dansante. (plaquette à télécharger en russe)

Photo événement à Ijevsk
Vidéo à Karassevo: Rythmes brésiliens en Oudmourtie
Presse : Oudmourtskaia Pravda | I love Ijevsk
Télévision :

chaîne nationale « Russie 24h » (Oudmourtie)

chaîne locale « Moïa Oudmourtia »

Parijevsk explore le nord de l’Oural

Ambiance à Ijevsk

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Bilan de notre aventure (par Stéphanie)

Les villes-usines

Notre objectif était de filmer un panorama de l’industrie en Oural, région centrale de la Russie, dont l’emplacement et les richesses du sous-sol en ont fait historiquement son cœur industriel.

Nous souhaitions rendre un portrait de cette région, à travers la rencontre de ses acteurs de l’intérieur : ouvriers, ingénieurs, mineurs, ceux dont la vie et l’histoire familiale est intrinsèquement liée à l’usine, ceux pour qui sa disparition serait un drame. Partout dans ces villes, des affiches, des slogans mettant en valeur les métiers de l’usine, qui l’appellent « rodnoi », adjectif russe intraduisible en français, décrivant un lien intime, de parenté… Difficile de distinguer la propagande du réel attachement des habitants à leur usine, où l’immense majorité d’entre eux travaille de générations en générations. La ville-usine est souvent comme un pays dans le pays, avec ses propres valeurs, ses fêtes, les sorties organisées par le syndicat, son infrastructure sportive, culturelle, son propre hôpital, relayées par la télévision ou le journal de l’usine. L’ouvrier méritant reçoit même un bon de vacances pour aller dans un des centres de repos de l’usine à la mer ou à la montagne, afin de ne jamais oublier, même loin des machines, tout ce qu’il lui doit.

Ainsi nous avons été à la rencontre d’une vingtaine de villes-usines, dont l’existence est dépendante de la production à laquelle elle est associée. Notre voyage se termine symboliquement par une ville née autour d’une carrière d’asphalte – sitôt le gisement épuisé, la ville est tombée en ruines dans les années 70s… Cependant les enfants de l’époque, aujourd’hui adultes, s’y réunissent chaque année le temps d’un weekend afin de se remémorer leur « paradis perdu ». Nikolai, géant aux faux airs de Depardieu, nous dit en refoulant ses larmes qu’ « un homme qui a perdu l’endroit de ses racines est orphelin ».

MagnitogorskL’usine nous fait vivre et nous tue

Ce qui nous intéressait particulièrement est l’ambiguïté de ce lien entre l’homme et l’usine, qui le fait vivre et le tue à la fois. L’espérance de vie en Oural est en effet beaucoup plus basse que la moyenne nationale. Les métiers de la métallurgie mettent l’homme dans des conditions extrêmes : il se bat avec le métal en fusion, cohabite avec des procédés chimiques toxiques qui contaminent l’environnement, en empoisonnant les eaux souterraines, rendant les lacs impropres à la baignade, dénaturant les paysages. Cependant combien de fois ai-je entendu cette phrase (résultat d’un lavage de cerveau ou fascination réelle?) : « il n’y a rien de plus beau que le métal en fusion ». Beaucoup d’enfants naissent asthmatiques dans les grands complexes industriels de Magnitogorsk ou Chelyabinsk. Bien sûr, la population elle-même fait le lien avec l’activité industrielle : mais c’est le prix à payer, les « dommages collatéraux ».

D’autre part, cette activité sert avant tout l’industrie de l’armement. L’Oural est l’arsenal de la Russie, tous les habitants y ont plus ou moins les mains dans le complexe militaro-industriel. Même cette babushka minuscule en costume oudmourte, qui après m’avoir enseigné un chant traditionnel, me confie qu’elle a assemblé des obus toute sa vie, « comme si c’était des jouets ». Ou ce musicien pacifiste, ouvrier à l’usine de missiles, qui me dit qu’un pays fort doit avoir une armée forte… Et Kostia, armurier à l’usine Kalashnikov, avouant à la caméra qu’il « déteste les armes », mais qu’il faut bien nourrir sa famille.

Bilan de notre tournage

 20000 kilomètres en 45 jours, 50 rencontres dans 28 villes différentes…

Le bilan de notre aventure dépasse toutes nos espérances. Partis le 15 juin de Paris, nous n’avons pas passé une seule journée off depuis… Nous avons accumulé 80 heures d’interviews valides et de paysages divers : carrière de talc, d’amiante, mine d’or, usine de titane, de tanks, de locomotives. Tous les contacts établis au préalable, par un travail préparatoire de plusieurs mois, ont été confirmés sur place et ont assuré la qualité du projet. Nous avons eu la chance de filmer en exclusivité dans des usines où aucune équipe de tournage étrangère n’a pu entrer. Nous avons eu la possibilité inouïe de passer la nuit chez le dernier habitant du village Muslimovo, évacué à cause des rejets radioactifs de la centrale voisine. Nous avons pu dans tous les cas recueillir des témoignages sincères, permis par notre maîtrise de la langue et notre statut d’artistes.

Notre voiture, « maison à roulette », a été notre abris pour quelques nuits lorsque nous étions en route entre deux étapes. Mais nous avons avant tout été les victimes consentantes de la légendaire hospitalité russe, et avons été hebergés et nourris jusqu’aux oreilles chez l’habitant tous les 2 jours.

Le développement d’une conscience globale

 Notre démarche a été l’occasion pour beaucoup de « vider leur sac », d’enfin parler de cette angoisse dans laquelle ils vivent, pour eux-mêmes et leur enfants. Une femme de Kambarka, où se trouve un centre de retraitement des armes chimiques, nous a confié avec beaucoup d’émotion la peur panique qu’elle avait d’élever ses enfants dans cette ville, l’impossibilité d’en partir… Des enfants de Karabash, l’une des villes les plus polluées du monde (dans la région de Chelyabinsk), nous disent en sautant entre des flaques fluorescentes rouges, vertes, que la seule solution pour que la ville redevienne propre est d’en enlever définitivement l’usine et de mettre des arbres à la place.

Notre voyage ne s’est pas passé sans encombre : nous avons été arrêtés à plusieurs reprises. Jamais de raison valable, outre le fait que nous nous intéressions de trop près à des choses qui sont censées rester secrètes. Seulement, la peur éprouvée comme l’attitude des policiers est d’une autre époque.  « En Russie, tout est secret, mais tout se sait » disait déjà la tsarine Catherine II. La vie des gens de l’Oural nous concerne, en tant que Français, et en tant que citoyens du monde. Le titane de nos Airbus, l’acier, le potassium indispensable à l’agriculture viennent d’Oural. Notre uranium usagé y est envoyé pour être réenrichi, dans cette centrale même près de Chelyabinsk, tandis que les villages voisins tels Muslimovo sont traversés par la Techa, rivière hautement radioactive.la rivière Techa

Beaucoup d’interviewés ont accepté de parler, à la condition que le film ne soit pas montré en Russie. Nous mettant dans la peau de journalistes d’investigation russes pour ce travail, nous avons ressenti la réelle pression et le danger non moins réel qu’ils ont à exercer leur activité de recherche de la vérité. Nous nous sommes mis en relation avec des militants des droits de l’homme, notamment l’association Memorial dans son antenne d’Ekaterinbourg. Les murs de l’escalier menant à la salle de réunion sont émaillés des portraits de leurs journalistes assassinés (parmi lesquels la plus connue en France, Anna Politkovskaia).

Communication

Nous avons régulièrement relaté nos aventures sur ce blog, par le biais de carnet de route, de photos, des pensées secrètes de Jérémy ou d’Alanis, notre chienne aussi de l’aventure…

Les médiaux locaux se sont aussi beaucoup intéressés à notre projet. On peut notamment consulter sur internet (avec sous-titres français) les reportages que nous consacrent des télévisions locales :

En parallèle de notre tournage, nous avons organisé un festival écologique dans 5 villes et villages d’Oural : Kigbaevo, Votkinsk, Chaikovsky, Ijevsk et Glazov. La journée se composait de conférences le matin avec des intervenants russes et français, sur des thèmes écologiques, et d’ateliers pour enfants l’après-midi. Par exemple, un atelier d’art plastique à base de recyclage. Au goûter, nous proposions des cocktails de fruits et de légumes. Le soir, artistes russes et français partageait la scène.
Voir l’album photo du festival à Ijevsk

Et maintenant…

Depuis notre retour à Paris, nous entamons la deuxième étape de l’aventure : le montage du film. C’est un travail laborieux de part l’abondance de rushes valables et l’étendue du tournage. Nous réfléchissons à construire une série documentaire de 3 ou 4 film, consacré à une région de l’Oural en particulier.

Sous l’égide de Cheburashka

La première projection aura lieu fin mars 2014 dans l’auditorium de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales.