Journal d’Alanis, 1ere partie

[Nous nous excusons de possibles fautes de traduction mais la langue canine est très dure à maitriser. Et Alanis écrit très mal. NDT ]

Cher Journal,

maitre kung-fu, 6ème DanD’abord elles m’ont mises dans la voiture. Je me suis immédiatement méfiée car la dernière fois que c’est arrivé on m’a retiré ma matrice [Alanis utilise un mot plus fort que la décence nous oblige à remplacer]. Mais bon, je me suis dit qu’on allait au supermarché, me chercher toute la nourriture que je mérite… En route elles ont récupéré un autre type et l’ont mis sur ma banquette. Je le vois venir, mais il aura pas mon panier !sauvez-moi ! En tout cas je ne sais pas où on va mais c’est très très loin. Ça fait des jours qu’on roule et on n’y est toujours pas arrivé. Des fois on s’arrête mais ils ne me nourrissent pas à chaque fois. Une fois on s’est arrêté dans un parc et y’avait la dame bizarre qui vient de temps en temps chez nous. Cette fois elle avait un chien d’à peu près ma taille en forme de saucisse. J’ai pu lui piquer son os et son panier parce que je n’ai peur de rien ! En plus la dame elle m’a passé plein de nourriture, et pas seulement pour chien et c’était chouette parce que les nazes avec qui je suis tout le temps ils me filent toujours que les mêmes croquettes.
Et pas beaucoup. Alors que là c’était super, j’ai mangé plein de trucs, et elle m’en a même encore donné après si bien que j’ai fait une crotte presque aussi grande que moi le lendemain matin dans son salon. J’étais très triste de la quitter car depuis c’est de pire en pire ! Dans la voiture je ne suis même plus sur la banquette mais par terre désormais ! Et en plus depuis hier je dois dormir dehors dans le village et ils m’empêchent de courir après les poules et les vaches. Heureusement la nouvelle dame chez qui on est me donne mieux à manger qu’eux. Par contre elle a un gros chien mais je n’ai pas peur (parce qu’il a pas l’air futfute). Vivement qu’on arrive au supermarché au bout du trajet, moi j’en peux plus…le choc des cultures

Paris-Kigbaevo par Stephanie

la route

la route

Nous sommes partis en voiture de Paris le samedi 15 juin. A trois dans la voiture, sans compter le chien… Apres 3 jours de route et 2800 km parcourus, le passage de la douane de la Lettonie a la Russie, que nous craignions pour y avoir passé l’avant dernière 6 heures sous 40 degrés, a été cette fois une pure formalité ! On a eu la chance de tomber sur un major-numismate, qui comme ma maman collectionne les euros… heureusement qu on avait que trois euros sur nous, ça fait pas cher le pot de vin pour moins d une heure d’attente, et pour nous épargner de déballer toute la voiture. Même Alanis a eu droit à la vérification de son passeport par une militaire en blouse blanche.

Arrivés en Russie  vers une heure du matin après ce périple interminable pour la seule conductrice qu’est Veronika (dieu me pardonne de n’avoir toujours pas le permis), nous croisons les doigts pour qu’un policier de la DTP ne nous arrête pas avant qu’on aie eu le temps d’acheter l’assurance obligatoire pour la voiture. On s’endort dans la forêt près d’une datcha vide, en compagnie des moustiques. Le lendemain, nous arrivons à la ville la plus proche, Pskov, pour régler nos questions administratives et se relaxer quelques heures hors de la voiture. En roulant vers la prochaine étape, Valdaï, je retrouve les routes russes comme je les aime : des dizaines de kilomètres de macadam défoncés qui obligent Veronika à faire des prouesses, et pas un chat à l’horizon ! Je me dis qu’il y a là une excellente idée de jeu vidéo à développer. J’en profite pour prendre un peu le volant.

"direction des affaires du President de la Federation de Russie, etablissement d etat federal, maison de repos "Valdai"

« direction des affaires du Président de la Fédération de Russie, établissement d état fédéral, maison de repos « Valdai »

Après des heures de 4×4, nous arrivons en pleine forêt à Valdaï où nous attend notre amie Marina et son mari Pavel. Marina est professeur au MGU, l universite moscovite, et Pavel travaille a la Cour des Comptes. Grace a son rôle haut placé dans l administration russe, il obtient une « putiovka » pour partir en vacances dans cet endroit luxueux 3 fois par an. La « maison de repos » de Valdai est un endroit sublime entre la foret et le lac Uzhin où les résidents vivent avec leur famille dans des cottages, de taille et d’emplacements variables selon leur situation hiérarchique… Marina a réussi a nous y faire entrer en douce, avec quelques centaines de rouble et l aide d un des gentil agents de sécurité, qui le soir était remplacé par un vrai KGBeshnik capable de nous dénoncer pour 1h de retard sur l’horaire établi. Le cerbère s’enquiert avant  tout de connaitre où se situe précisément notre hôte sur la ‘table des rangs’, afin de savoir s’il se hasardera ou non à le punir en écrivant une lettre a ses supérieurs… Dans le cas de Pavel, son travail à la Cour des Comptes lui confère une relative immunité.  Nous profitons donc de leur sauna jusqu’à une heure du mat et buvons du vin doux, malheureusement le seul que les russes estiment profondément,  puis regagnons nos pénates, ce soir chez la directrice du musée de Valdai et ses trois chats. Notre toutou s’étant trouvé une super copine en Vesta, la chienne de Marina, on la laisse profiter du luxe ambiant…

a Valdai avec Pavlik

a Valdai avec Pavlik

Ainsi donc, dans ce petit paradis qu’est Valdai, nous nous promenons et passons devant la fameuse datcha de Staline, avec son passage souterrain qui débouche sur une sortie près du lac. Cependant Joseph Vissarionovitch n’y a séjourné qu une fois, car nourri par sa célèbre paranoïa, il ne s’y sentait pas en sécurité, considérant cet endroit comme une souricière – un unique chemin y mène a travers la foret. Nous empruntons un sentier qui montre du lac a la datcha de Staline et mon hôte m’y apprend que c est la qu’est mort Jdanov  en 1948, son cœur ayant lâché alors qu il courrait répondre au téléphone – ironie du sort, à l’autre bout du fil, c’était Staline ! c’est cette histoire qui déclenche quelques années plus tard la fameuse affaire des médecins ou « complot des blouses blanches » en français, où Staline incrimine neuf médecins juifs d’avoir assassiné des membres éminents du parti et de prévoir d autres assassinats… Selon Pavel, les médecins savaient que Jdanov etait cardiaque et auraient fait l’erreur de le laisser aller faire trempette dans le lac Uzhin a sa guise…

un Lenine de 40m a Doubna

un Lenine de 40m a Doubna

Reposés et repus jusqu’aux oreilles, nous reprenons la route vers notre prochaine étape, Doubna, où nous arrivons tard dans la nuit. Doubna se targue d’être le centre de la Russie européenne, et de posséder le deuxième plus grand Lénine de Russie (42 mètres!). Sur l autre rive du canal Volga-Moskva, se tenait fut un temps un aussi -sinon plus immense Staline, juste en face de Lénine… A la déstalinisation, on a fait explosé la statue et il n’en reste aujourd’hui que le socle.  Nous dormons chez notre amie Lena et son mari Boris, qui travaillaient tous les deux en tant qu ingénieurs a l’usine de radios de Sarapoul (Oudmourtie).

Puis départ pour Moscou, où nous attend Vladimir Chuprov, directeur de la section énergétique de Greenpeace Russie.  Apres avoir passé des heures dans les embouteillages, fléau bien connu de Moscou, nous décidons de laisser la voiture chez une amie à l’entrée de la ville et de rejoindre notre interlocuteur en métro… Quand nous arrivons enfin à l’adresse indiquée, où une plaque Greenpeace indique le siège de l’association, Vladimir nous appelle pour nous donner rdv dans l’immeuble d’en face, où se trouve son bureau. Sur cet immeuble, rien n’indique la présence de Greenpeace, et chaque pièce se ferme avec un badge électronique…  Il nous parle de l’accident nucléaire de Chelyabinsk et de la pollution de la rivière Techa et du lac Karatchai, dans lesquels la centrale Mayak continue de rejeter ses eaux usagées ; et des populations qui vivent autour et s’abreuvent de cette eau contaminée,  boivent le lait empoisonné de leurs vaches…

Nous passons la nuit chez Liudmilla et Iouri à Moscou. Invalide du travail à 55 ans, Iouri a travaillé 37 ans comme soudeur dans la même entreprise, et il veut nous parler de la différence entre les conditions de travail russe et européenne.  Ils nous ont préparé une fête de hareng mariné et de vodka, et nous nous endormons… bien gais !

A la sortie de Moscou, l’angoisse, on se fait arrêter par un policier de la DTP. J’angoisse toujours en les croisant, car ils sont là pour chercher à tout prix une solution pour nous pénaliser. Veronika parlemente, l’entrevue se prolonge, mauvais signe car plus le temps passe, moins il est possible que le policier reparte les mains vides… Finalement, il lui demande un « petit cadeau de Paris » et Veronika lui offre un de ses disques, comme elle fait souvent pour rétribuer les policiers russes. Il repart satisfait et nous, soulagés.

se frayer un chemin sur l autoroute

se frayer un chemin sur l autoroute

Maintenant commence une très longue route, car nous avons 1200 km devant nous afin de rejoindre Kigbaevo. Jusqu’à Nizhnyi Novgorod puis Kazan, nous sommes pris dans des bouchons interminables qui nous obligent à conduire à la russe : soit créer une nouvelle piste en roulant par la droite, soit rouler sur la file de gauche où arrivent d’autres véhicules en face -tout cela se passant bien sûr sur l’autoroute… Des poids lourd partout ! La route est menaçante, épuisante… Nous dormons quelques heures et la reprenons, puis redormons… Après 2 jours de route, nous arrivons enfin en Oudmourtie. Je prends le volant pour les 70 derniers km… Enfin, Kigbaevo !

Nous sommes maintenant chez la mère de Veronika, reprenons des forces grâce au banya, aux pelmenis fait maison et au samogon (alcool distillé à la maison) – tout cela entrecoupé de discussions politiques avec babouchka qui a beaucoup de choses à dire… stephaniekigbaevo (Copier)