Jeremy- 5

Résumé des épisodes précédents :

Jérémy, aventurier responsable plutôt bel homme est parti en Russie avec deux personnages secondaires, ses amies Stéphanie & Véronika afin d’officier pendant deux mois comme opérateur pour leur(s) documentaire(s) sur les villes-usines de l’Oural. Aujourd’hui nous retrouvons notre héros dans l’oblast de Sverdlovsk – le comté d’Ekaterinbourg? – sur les pistes de nouvelles usines, de nouvelles mines, toujours avec de nouvelles rencontres roublardes et truculentes.

Il est minuit et demi. Je me trouve à Asbest, sur les flancs d’un chantier d’amiante qui doit bien faire 11 km sur 4. La vue est vertigineuse, dommage qu’on y voit presque rien. On nous avait assuré qu’en pleine nuit ça avait la luminosité des Champs-Elysées. Ce serait vrai si on plongeait l’avenue dans le noir à l’exception de 4 pauvres lampadaires. À bout de souffle, nous venons quand même de faire 80 km pour venir. On nous avait dit 40, mais les russes et la notion des distances (et des avenues parisiennes)…

L’intérêt de l’anecdote pourrait s’arrêter là si le ridicule de la situation n’était pas que je porte un pull polaire jaune vif à l’enseigne d’une usine de Salda et un maillot de bain short en guise de pantalon. Dans un trou perdu, près d’une carrière d’amiante à minuit et demi. Comment j’en suis arrivé là ?

Tout à avoir avec cette fameuse ville de Salda, véritable trou noir pour nous trois. Tant et si bien qu’en faire un vrai récit me paraît peine perdu. Je vais donc faire un compte rendu chronologique des étapes qui mènent à tel conclusion.

  1. Arrivée à Salda. Nous posons nos affaires chez Irina pour de suite filer vers un sauna situé au-dessus d’un dépôt de fruits gradé par un ami… j’ai pas tout saisi, mais néanmoins nos voilà au lieu dit. L’hôte nous explique que les Chinois apprennent tous le Russe et qu’ils vont bientôt les envahir. Vincent, t’as des infos là-dessus ? Les filles caressaient l’idée d’aller faire du delta-plane dans le coin mais l’envie nous ait vite passée après avoir apprit que les derniers participants s’étaient crashés en testant le nouveau modèle. Pendant ce temps le Samagon (alcool maison) coule à flot. De plus le fer du sauna frappe mal les poumons après tant de temps dans les délicieux bagnas d’Oudmourtie. Mais ce n’est pas là que le bas blesse. Témoin d’un propos insensible décoché comme une flèche qui m’aurait frôlé, je décide de prouver que moi aussi je peux avoir un comportement irresponsable et désaffecté et pousse sur le samagon pour donner pâle figure. Mauvaise idée ? Bien évidemment ! Mais ce que j’ignorai alors, c’est qu’en plus de courir à ma perte, je le faisais en pleine pente à cause du combo sauna/coeur-qui-bat/douche-froide qui a accéléré ma descente aux enfers aussi rapidement qu’une délicieuse pente en sucre glace. Ainsi après avoir fait une déclaration d’amour, vomi tout ce que j’ai pu et renversé une télé (événements desquels je n’ai aucun souvenir) je me suis réveillé avec seulement 50% des fringues que j’avais la veille. Ah le combo nourriture/sentiments/audio-visuel je devais bien le vomir un jour !
  1. Le lendemain nous sommes cette fois hébergé par un couple très aisé (plus de télés à renverser!) dont la femme m’a offert ce beau pull jaune fluo pré-cité et le mari, qui travaille pour une compagnie qui créé des moteurs de fusée m’a filé – en plus d’un livre de son boulot qui montre des photos très marrantes d’un canadien dans l’espace – des magnets des plus grandes célébrités que la Russie ait envoyé dans l’espace : Youry Gagarine et Monsieur Lapin rose. Je suis désolé que le second ait eu une postérité plus discrète.
  1. J’ai fait la Une de l’hebdomadaire local. Pas pour mes péripéties et régurgitations pré-citées mais pour un article infamant (ça aurait put avoir une qualité si je l’avais écrit en CE2) qui après traductions et réécritures par la rédactions m’a valut la première page avec une photo de l’usine d’Avisma sous le nom de Térémy Nakache. On ne peut pas tout avoir mais je ne suis pas si mécontent que cette faute de frappe puisse déjouer tout éventuel biographe de ce bout de papier honteux.
  1. J’ai perdu une pièce de ma caméra. Rien de grave ou d’important, juste un bout de caoutchouc qui sert (avec d’autres pièces non-perdues) à bloquer le support micro de la caméra. J’ai perdu ceci de la manière la plus conne du monde. Pour filmer une carrière de fer je m’étais aventurer sur des des collines de cailloux et de roches qui ne demandaient qu’à glisser sous mes pieds pendant que des chiens visiblement peu sympathiques mais perspicaces s’organisaient à mes pieds. Une fois ma poignée de plans en poche j’entreprends ma périlleuse descente. Elle se passe contre toute attente très bien et c’est donc arrivé au sol, à l’instant où un grand soulagement traverse mon corps que ce dernier s’effondre comme peau de chagrin, déséquilibré par un caillou et non une montagne. Les chiens décidés, nous pressés, ma vérification à la va-vite, me font abandonner cette petite pièce. Alors que je re/démonte tout le truc je revendique que nous repartions sur le lieu du crime afin de pouvoir retrouver ma particule. Ainsi je nous fait rater une interview dans un hôpital pour rien vu que les fouilles nous auront laissé brocouilles. Heureusement quelques dizaines de centimètres de gaffeur plus tard le socle est ‘réparé’ et nous voilà repartis.
  1. Sur le départ la maîtresse de maison m’offre des chaussettes. C’est cool mais j’en oublie mon pantalon, c’est le problème des petites lessives faites à chaque étape. Comme je voyage léger il ne me reste plus que mon jean bien dégueu dut à ma chute, il part donc illico à la machine à l’étape suivante, laissant la place au maillot de bain.

Parlons-en de ce maillot, car il a un beau passé. Il appartient en théorie à un français paranoïaque qui tient une guesthouse sur l’île de Koh-Lanta. Je ne l’ai jamais rencontré (je ne suis jamais allé là-bas) mais Ziad y a été hébergé et c’est à cette occasion que le frenchy lui a dépanné le short. Je ne sais trop pourquoi mais Mr. Z l’a embarqué et me l’a transmit au Cambodge où, après déjà six mois de voyage en jean mes jambes criaient pour un peu d’aération. Fusionnant avec la couture (peut-être parce qu’elle est française) qui est devenu mon apparat pendant dix jours de jungle, Ziad, dans sa grande bonté, me le laisse. Il est ironique de penser que depuis que j’ai le maillot il ne m’a jamais servit à nager. Au Cambodge je nageais nu (oh yeah) et les rares fois depuis où je me suis baigné depuis (en Février j’ai passé un mois sur une île en Thaïlande sans une fois piquer une tête) je ne l’avais pas sur mois et ai donc fait trempette en caleçon. Y compris en Oudmourtie où je me suis baigné dans le prout de Votkinsk en face du musée Tchaïkovsky. Ouais, un prout. J’y peut rien, c’est le mot russe pour ‘lac artificiel’ et c’est mon mot préféré. En plus comme on fait un docu sur les villes-usines qui ont toutes un barrage qui les alimentes en électricité et donc qui ont toutes un prout le mot reviens très souvent dans les interviews. Alors pour moi qui ne comprends pas ça fait : « bla, bla bla, prout, bla, bla, charabia, charabia, prout, prout, bla bla ». Et je m’amuse derrière ma caméra alors que si ça se trouve on me raconte la noyade de dizaine d’enfants dans un… prout.

Eh eh eh…

Enfin bref je suis en polaire et en maillot de bain mais tout va bien. Il ne nous reste plus qu’à rentrer nous coucher. C’est cool car je dors dans la chambre des enfants (non pas avec eux, les ‘molusques’ ont été dégagés à la campagne) donc j’ai une couverture avec un singe.

Une réflexion au sujet de « Jeremy- 5 »

  1. ah sacré Jérémy , tu nous fais bien rire avec tes anecdotes cocasses et….croustillantes 😀 !!! quelle aventure ce voyage , je crois que tu n’es pas prêt de l’oublier !! et le road trip n’est pas fini…..mais à qui as-tu fait cette belle déclaration d’amour enflammée par le samagon ? à une jeune et jolie fille de l’Est , un tantinet effarouchée par ce beau gars de France , tu dois avoir un succès fou !! bonne continuation à vous 3 et préservez votre santé mentale et physique bisous ici tout va bien : chaleur , chaleur et chaleur ☼☼☼

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