Debut du voyage (de Jeremy)

Déjà l’aventure s’annonce belle, le tout confort des compagnies d’avion du Quatar a cédé la place à un bon van Fiat qui en a vu d’autres et qui nous conduira, Véronika, Stéphanie, Alanis (le toutou-mascotte) et moi en territoire Oudmourte pour deux mois. Nous y exécuterons un festival ainsi qu’un reportage dont les 50 jours de tournage répartis en 20 destinations autour de l’Oural devraient nous tenir occupés.

Les premiers jours de trajet sont marqués par ce sentiment si étrange que tout se passe comme cela devait se passer. Ni trop lentement, ni trop vite, dans une alternance de route et de plus de route encore ; dans un équilibre de nuits passées dans la voiture et dans un motel polonais. C’est toujours étrange que le soleil semble se coucher au bon moment, se lever à point nommé, que le moindre fait, même une crise, semble prendre place le plus naturellement du monde dans un cycle qui pourrait laisser poindre la courbure de l’univers.

Ainsi, alors qu’habituellement cela prend des heures, le passage de frontière russo-lettonne s’est fait en un rien de temps, notre transition étant aidé par un douanier (ressemblant étrangement à André Dussolier déguisé en Staline) qui préfère profiter de notre venue afin de compléter sa collection d’euros plutôt que de fouiller le véhicule bien encombré. N’étant au final que de 3€, c’est à coup sûr le pot de vin le plus agréable jamais versé.

S’ensuivent d’autres routes et les retrouvailles avec Marina, poétesse complice dans le cadre assez édifiant de Valdaï. Pour la grande histoire on y trouve là la datcha de Staline ainsi que kiosque qui a accueillit l’AVC de Jdanov (qui déclencha l’affaire des Médecins). Pour la petite c’est une réserve naturelle tout autant qu’un lieu stratégique qui accueille les vacanciers riches ou membres du gouvernement (le plus illustre résidant n’étant autre que Monsieur Poutine). À quelques mètres des portes commence l’envers du décor avec les Khrouchtchevkas, bâtiments en série atroces conçus sous Khrouchtchev et qui permettent aux habitants joyeux de vivre partout en Russie dans le même – exactement – édifice à l’extérieur carrelé et aux portes blindées. Ce qui fait offices de transition avec ces ‘portes du Paradis’, c’est un musée sur l’histoire du lieu, créé et supporté par une seule femme, celle qui nous a hébergés dans son réduit aux multiples chats alors qu’en face les gardes ne voulaient pas d’intrus, et ils nous l’ont bien fait comprendre après que nous soyons restés auprès de Marina et de son mari plus d’heure après l’arrêt des visites (mais ils avaient un sauna !). Il n’en faut malheureusement pas plus pour créer un incident diplomatique apparemment.

(…)

Alors que nous étions dans les rues de Sarapoul (Сарапул) pour tourner des interviews devant une usine/musée, nous avons remarqué qu’une toute petite chose se dirigeait vers nous. Il s’agissait d’un tout petit chaton, une petite fille pas plus gros qu’une banane sur pattes avec des poils. La bestiole étant tout aussi adorable que suicidaire à se balader dans la rue et visiblement orpheline, il n’a pas fallu longtemps pour que l’on se décide à l’adopter. Nous voici donc en compagnie d’un petit chat (кошка). Sitôt celle-ci ramenée à la maison on comprend par sa (minuscule) hargne qu’elle ne sera pas copine avec Alanis. Grand-mère (бабушка) décide donc de lui faire prendre résidence dans l’antichambre du bagna (une charmante petite chambre avec un lit qui colle au sacro-sain sauna) pour qu’elle reprenne des forces pendant un mois. Babouchka n’est cependant pas une grande fan de notre nouvel amie, la trouvant trop moche et trop maigre. Ce sont d’ailleurs mes points communs avec la petite bête que j’affectionne tout particulièrement. Elle se présente anarchiquement noire et marron foncé avec des chaussettes blanches et de longues pattes (car son corps est tout petit) tricolores. Bien qu’ayant de grands yeux verts son grand front donne à son petit visage un air assez inhabituel d’autant plus que celui-ci est bardé d’une rayure beige qui lui descend du front jusqu’à la truffe, brune également.

Mais bon, assez d’être gaga comme ça ! Mon allergie me rappelle encore à l’ordre bien que très brièvement (pour le peu de poils que cette chose a) mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir un faible pour tout ce qui me tète le bout des doigts (pas vous ?).

À par ça le voyage et le docu avancent bien, c’est le cas de le dire. Nous n’avons pour le moment connu qu’une seule journée sans voiture mais nous avons tourné tous les jours depuis le 19 ! Notre record étant de trois interviews filmées le 20 dans deux villes différentes dont Moscou où nous avons rencontré un chef de GreenPeace Russia. En plus de ça on a fait au moins quatre heures de route ce jour là pour entrer à Moscou, j’ai retrouvé le métro moscovite qui me plait toujours autant et j’ai même acheté des livres pendant que Véronika & Steph donnaient à leur tour une interview à une journaliste sur le festival. Une journée paisible quoi d’autant plus qu’on a dut reporter au lendemain une quatrième interview qu’on avait prévu ce jour là. Enfin bref, on a de quoi faire.

Heureusement que nous avons ce petit coin de Paradis à Kigbaevo, à quelques 1200 km de Moscou (le temps de traverser le Tatarstan) en pleine Outmourdie (Удму́ртия).

Dans la petite maison dans le petit village de Véronika où sa mère nous héberge le bagna est toujours chaud et le foyer a cette odeur de fermentation et de bois qui rappelle vivement celle des gers.

Pour l’anecdote, бабушка a demandé à Stephanie de retirer les ‘mauvaises herbes’ de son jardin pour s’en faire des tisanes qui l’aident à dormir. Oui, c’est ce genre de ‘mauvaises herbes’, et apparemment c’est pas très bon.

Ne pas comprendre la langue pourrait m’ostraciser très facilement. Mais pas ici. Déjà parce qu’ici le sens de l’hospitalité est démentiel (et pourtant il y a concurrence tant les pays d’Asie mettent sont archi-respectueux des ‘lois de l’hospitalité’) mais aussi parce qu’après tant de mois à ne jamais rien piger à ce qui se raconte autour de moi j’ai apprit à ‘écouter’ les mouvements du corps et parfois (mais c’est rare quand même) je peux répondre avant même que Stéphanie m’ait traduit la question. Sinon je grappille quelques mots et mon appétit pour la langue va même jusqu’à me faire très sérieusement penser à (re)commencer mes études pour apprendre le russe (à l’INALCO).

Il faut dire qu’avec tout ça c’est toujours après coup que j’apprends que tel ami rencontré ou tel intervenant interviewé pour le reportage était des plus passionnants. Et j’aurai aimé le savoir, le saisir plus tôt pour pouvoir dire au-revoir à la personne en lui transmettant mieux que ça que j’avais put saisir sa valeur.

Ce soir nous sommes passés chez des amis à Ijevsk. Ils avaient une petite fille adorable à laquelle les parents voulaient à tout prix préter une ressemblance avec Stephanie. Mais elle n’avait pas besoin de distinction ‘française’ tant la fillette à la robe bleue et aux longs cheveux avait déjà l’air d’un ange. Elle n’a d’ailleurs osé ni me dire Bonjour ni me dire Au-revoir. Sur le chemin du retour, j’ai appris qu’elle avait la tuberculose.

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